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Tout ça pour une ligne…

17 mars 2010
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Deux mois. C’est à peu près ce que j’ai attendu pour enfin obtenir ma connexion internet. Je ne vis pas au Burkina Faso ni au Cambodge, dans une hutte sur pilotis ravagée par un tsunami. J’habite toujours dans la troisième plus grande ville espagnole, Valencia. Cette attente un peu hors d’époque relativise quelque peu mon enthousiasme débordant pour la péninsule.
Le vendeur de chez Telefonica, mignon comme tout (dire que je me laisse encore avoir !) m’avait pourtant garanti que l’installation ne prendrait pas plus de quinze jours. Et en avait profité pour me refourguer la totale. Et la totale en Espagne, c’est une multitude de chaines de télévision dont certaines me font penser à M6 en… 1986. Et M6 en 1986 en catalan, c’est quelque chose. Bref, Alejandro, le vendeur, m’a abonné au bouquet maximum. J’étais trop content.
Au bout des quinze jours prévus et je rappelle mon petit Alejandro. Il n’est pas là, il faut que je rappelle le lendemain. Le dit lendemain, on m’annonce que Telefonica s’est passé des services du beau vendeur et qu’il faut que je repasse à l’agence. Une Barbara nettement plus sèche et moins avantagée me montre mon dossier, qui n’avait pas été traité. Pourquoi ? Parce que mon Alejandro avait rentré mon numéro de passeport en « numéro de carte d’identité » et que l’ordinateur ne reconnaissait que les chiffres et pas les lettres. Je rêve. Très calmement, je propose à Barbara qu’elle fasse la modification elle-même. Pas possible. On doit d’abord faire une demande d’autorisation de changement de vendeur : demande écrite envoyée à… Madrid. « Mais ne vous inquiétez pas, dans quinze jours vous aurez votre installation. »
Passablement énervé, mais plein d’espoir, j’ai donc passé quinze jours enfermé chez moi à attendre le technicien. Chez Telefonica, les techniciens n’appellent pas pour prévenir de leur venue et bien sûr, le jour où je suis allé pendant 4 minutes 27 secondes acheter mes cigarettes, mon technicien est passé. Du coup, le service commercial basé certainement en Amérique du sud, m’a appelé pour me demander si je voulais maintenir ma solicitud de contrato. Essayez d’expliquer à une Bolivienne qui n’a jamais mis les pieds en Espagne que vous attendez un câble depuis un mois ! C’est tout juste si je n’entendais pas les lamas à travers le téléphone.
Le technicien est enfin venu… Cinq fois ! Pas pour me voir dans ce délicieux petit slip Calvin Klein que je viens de m’acheter, non. Pour faire des pruebas (essais) ! Rien ne fonctionnait. Et de m’expliquer en me montrant le boitier Telefonica à l’entrée de mon immeuble que dans mon quartier, les installations téléphoniques datent de l’époque de Franco (logo d’origine sur le boitier) et que les lignes saturent. Il me fallait faire un choix : internet ou la télé ! Me faire ça à moi, télévore devant l’éternel.
Je peux allègrement me passer de Belen Esteban ou des matchs du Barça. Je m’imagine mal aller dans un café internet relever les courriers de mes 48 profils sur tous les sites gays inimaginables. Les plans cam, je n’en parle même pas ! Du coup, retour chez Barbara-Telefonica pour modifier mon contrat. Elle m’annonce son premier sourire aux lèvres que j’aurai internet dans les deux jours. « Pero dos dias españoles ! » C’est bien là le problème : en Espagne, on prend son temps. Et surtout on ne s’énerve pas, c’est normal.
Epilogue : Un coursier est venu m’apporter mon routeur une semaine après. Il a fallu que je l’installe seul. En français, je ne comprends rien en électronique. En castellano, que veut dire « El indicador LAN correspondiente al conector trasero… » Le plus comique dans cet épilogue, c’est que Telefonica installe d’office un filtre de protection de l’enfance. Qui filtre bien, trop bien : certaines pages de Yagg sont cryptées. Délai pour faire sauter le filtre : cinq jours.
Je crois que je vis dans le tiers monde.

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Il est quand même plus sexy que Louis Nicollin !

26 décembre 2009
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Je suis un footeux de Mundial. Et pas tous les Mundial. Seuls ceux qui battent en audience Desperates Housewives ou Sex and the City. Oui j’ai vécu la coupe du monde 1998… En gros, pour moi, le foot, c’est vulgaire, c’est homophobe, c’est ringard : bref, je déteste. Sauf qu’en Espagne, on apprend à jouer au foot avant de parler. Le foot, ici c’est une religion. Et l’ambiance que l’on a pu vivre pendant la Coupe du monde 1998, les Espagnols la vivent presque à chaque match. L’an dernier, la finale de la Copa del Rey a eu lieu à Valencia. L’Athletic de Bilbao contre Le Barça. Dès l’arrivée des premiers avions, bus, trains, à l’aube, quoi, la ville s’est habillée de rouge et blanc, couleurs des basques de Bilbao. Même en bérets et en short, les Basques sont vraiment très sexys. Je me suis passionné pour ces « cuissots de la mort » pendant quelques heures à une terrasse de café. Et quand les Catalans de Barcelone sont arrivés plus tard dans l’après-midi, c’est le rouge et bleu qui est devenu roi. Et la guerre des bandas a commencé : ce sont ces fanfares de tambours et trompettes qui mettent l’ambiance avant, pendant et après les matchs. Un peu cacophonique mais drôle. Du coup, même quand on n’aime pas le foot, on fait la fête. Tout est occasion de faire la fête en Espagne.
Un truc que je n’avais jamais vu en France, c’est l’arrivée d’un nouveau joueur dans un club. Par exemple, le jour où Cristiano Ronaldo est arrivé au Real Madrid, il y avait 80000 supporters pour l’accueillir ! Il a dit « bonjour », a joué un peu au ballon et il est parti. Retransmis en direct sur pratiquement toutes les chaines de télévisions. Ca fait un peu bizarre !
Même les plus incultes en culture footballistique (j’adore ce mot) savent que 2009 a été faste pour le Barça. Ils ont tout gagné, les petits ! La Champions League en mai, le Championnat d’Espagne en mai encore, la Coupe d’Espagne en mai toujours, la Supercoupe d’Espagne en août, la Supercoupe d’Europe en août, et enfin la Coupe du Monde des Clubs en décembre. Pas doué en économie en ce moment les Espagnols, mais en foot, ils assurent !
Et ils assurent au Barça grâce à qui ? A Pep Guardiola ! L’entraineur de l’équipe reine est une bombe, il a un sens de l’humour décapant, il a même pleuré quand son équipe a gagné la Coupe du Monde des Clubs (voir la vidéo ci-dessus). Trop mignon le Pep. Pour lui, je deviens complètement blaugrana (rouge et bleu en catalan, c’est comme ça qu’on appelle les supporters du Barça) ! Et quand je pense aux super sexys Louis Nicollin ou Guy Roux, je me dis que j’ai de la chance, que les interviews de fin de matchs sont quand même nettement plus excitantes que les diatribes homophobes des entraineurs français.
Et dire que je vais vivre en direct-live le prochain mundial. Ecrans géants sur les plages, fiestas à chaque victoire de l’équipe espagnole ce qui devrait être assez facile vu le tirage au sort extrêmement favorable du premier tour –désolé les Suisses–… Et à chaque fois, mon Pep sera là pour hurler, crier, pleurer depuis la tribune.
En attendant ce mois de juin qui risque d’être très hot, je m’en vais mater les amateurs qui jouent tous les week-ends dans les jardins du Turia. Ah ! Les Cubains qui embrassent les Argentins à la fin du match, j’adore le foot !

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¡ Feliz navidad !

17 décembre 2009

Fangoria et Rafael qui nous wish us a merry Xmas with el acento espanol !

Quinze jours d’absence. Descente de l’avion tard dans la nuit. Retrouvailles avec mon Javier d’amour. Un peu sur les rotules, je dois dire. D’autant que mon chéri a cette faculté extraordinaire de me raconter ce qu’il s’est passé en Espagne pendant deux semaines en 45 minutes chrono. Et ce, quelque soit l’heure du jour ou de la nuit. Juste histoire de me remettre dans le bain.

J’avais complètement oublié mais aujourd’hui c’est jeudi et jeudi, c’est déjeuner chez mi suegra (ma belle-mère). Une claque derrière la tête à son fils parce qu’on arrive avec 25 minutes de retard. Et on attaque la Fideuà : c’est une paella dont on remplace le riz par des vermicelles ou des coquillettes. Depuis que j’ai dit à Rosenda que j’adorais ça, j’y ai droit un jeudi sur deux.

Entre deux gambas, Rosenda m’a tué en me lançant : « ¿ Que es ese debate sobre la identidad nacional en Francia ? » Oups. Elle, qui regarde les infos à la télé tous les jours mais qui est incapable de se souvenir de quoique ce soit exceptée la météo, s’était passionnée pour le sujet. Aidée, certes, par Clarita une voisine qui a habité en France jusqu’au début des années 80. Allez expliquer à une Espagnole pur jus à quoi correspond ce débat et surtout ce que ça signifie. Super mal, la Dom. Le sujet empoisonne les news espagnoles depuis dix jours. Ça sent les vieux relents nostalgiques du Franquisme. Et ma Rosenda, pasionaria catolica y comunista del pueblo, se sent mal à l’aise avec le sujet. Moi aussi. Depuis 1976, la mort de Franco, elle a avalé pas mal de couleuvres. Elle a accepté un roi, que son fils homosexuel puisse se marier, que les basques puissent parler leur propre langue, que les transsexuels puissent… (en fait, elle n’a pas très bien compris, mais elle accepte). Elle ajoute : « J’ai même accepté que les Espagnols votent pour Aznar. » Fou rire général : elle n’a jamais gobé. Elle clôt la discussion avec : « Tu sais, la Rosenda de 1976 ressemble à peu près autant à la Rosenda d’aujourd’hui qu’un Français blanco ressemble à un Français arabe. Et pourtant je suis tout autant Espagnole. »

Sauvé par le gong. Javier me demande quel jour de fête nous passerons avec Rosenda. Parce que nous arrivons à la période des fêtes et qui dit fêtes ici, dit repas. Nous festoierons jusqu’au 6 janvier, pour Los Reyes, journée des cadeaux. Presque trois semaines de comida y de bebida… On choisit la Navidad, Noël. Parce que c’est au début et que c’est un vrai repas de famille. Cette année, nous serons 19. Javier pourra toujours se caler entre la cousine lesbienne et son neveu de 17 ans. Moi, je n’y coupe pas, ce sera à côté de Rosenda. Elle pourra surveiller ainsi que je ne laisse rien dans mon assiette. Mon Javier lui dit de ne pas trop en faire cette année avec la crise et son régime (lol). Et une claque ! Et Rosenda de rajouter en me faisant un clin d’œil : « Manger avec sa mère le jour de Noël, c’est ça l’identité nationale espagnole ! » Elle est démente, mi suegra.

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La poutre et la paille…

25 novembre 2009

Je me suis levé ce matin de mauvaise humeur. J’ai lu hier soir un article du quotidien El País qui révélait à l’occasion de la Journée Internationale de lutte contre les violences faites aux femmes que « el número » cette année est 49. « El número » est un chiffre que l’on voit en permanence ici, dans les campagnes d’informations, dans les journaux télévisés, dans les discours d’hommes politiques… Tout le monde sait ce qu’est « el numéro ». C’est le nombre de femmes assassinées par leur mari ou par un ex.

En 2005, la Loi intégrale contre la violence de genres est la première loi que le gouvernement Zapatero a fait voter. A l’unanimité. Comme si le machisme était devenu la vraie plaie de l’Espagne. C’est d’ailleurs un fait récurrent de la société espagnole : les violences de genres (ici on inclut aussi les violences faites aux hommes par leurs femmes ou beaucoup plus couramment celles faites aux transsexuels) reviennent comme pour réveiller les mauvais démons locaux, notamment ceux du franquisme, époque particulièrement tendre pour les maris violents. Depuis, on refait l’éducation. Difficilement mais sans rien se cacher. Les campagnes de prévention sont omniprésentes.

J’ai souvent eu l’occasion de parler à mon Javier de mon ressenti vis à vis du machisme. Le super pouvoir des mères me rend fou. Leurs fils ou leurs petit-fils sont élevés comme des dieux. Je me souviens d’un diner de famille comme il en arrive souvent ici. A un moment, on ne sait pourquoi, les discussions s’enflamment et on s’engueule. En espagnol, se disputer se dit aussi « discutir ». Et à ce diner, Marco le neveu de Javier se plaignait de l’éducation que sa mère, très progressiste pour une Espagnole, lui donnait et a dit que ses copains en recevaient une meilleure. Et comme exemple, de sortir que ses amis lorsqu’ils étaient avec leur mère mettaient les pieds sous la table et se faisaient servir. Que c’était normal. Marco a 17 ans, pas 10 ans. Comment agira-t-il lorsqu’il sera avec une petite amie ? Ce genre d’anecdote, j’en ai vécu quelques unes et je ne m’y fais toujours pas. Le machisme est présent partout, il s’immisce subrepticement dans l’éducation. Du coup, la multitude de reportages, d’informations télévisées sur le sujet prend tout leur sens. On en parle aussi à l’école. Y a du boulot.

En arrivant ici, je me sentais à des années lumières de tout ça. Bien sûr et malheureusement, la violence conjugale existe en France mais on n’en parle peu. De temps en temps, un téléfilm le mercredi soir sur France 2 traite du sujet. En France, on aime bien évacuer les grands débats à coup de téléfilm sur France 2 le mercredi soir… Il faudrait que Josée Dayan réalise un film sur la vie de Marie Trintignant pour qu’on traite du sujet. Allez Josée !

Donc 49.

Et puis, je viens d’apprendre « el número » français. En 2008, 156 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint en France. Trois fois plus qu’en Espagne. Une fois encore, tout français que je suis, j’ai trop regardé la paille qui était dans l’œil de mon voisin plutôt que la poutre…

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Santa Belén…

30 octobre 2009
| Mots-clés:

L’été est bel est bien terminé en Espagne. Les chiringuitos ont fermé. La moyenne d’âge des touristes a pris 30 ans en un mois. Et plus aucun mollet doré à l’horizon. Les discussions en terrasse ne sont plus les mêmes, je me surprends même à faire des commentaires sur la Champions League (sponsorisée ici par… Heineken). Bref, une autre Espagne se prépare à passer l’hiver qui n’arrivera, je rassure ceux qui viendraient passer un week-end ici cet automne, pas avant le 20 décembre pour finir autour du 20 février. Tout change. Même les orangers qui commencent à prendre des couleurs. Tout. Sauf Belén Esteban. Belén qui?

Inconnue en France, Belén Esteban est une star en Espagne. Et une star à l’espagnole. Un récent sondage la plaçait largement en tête des personnalités préférées des Espagnols, loin devant Vicente Ferrer, la version masculine et espagnole de Mère Teresa. Qui donc est-elle? Une animatrice-télé phénomène, qui, à part ses passages remarqués dans Salvame, l’émission phare de Telecinco, ne fait rien. Et pourtant, elle est partout: en couverture de presque tous les magazines people, toutes les chaînes de télé parlent d’elle, des articles entiers sur le phénomène Belén sortent régulièrement dans El Pais ou El Mundo… Même les déjeuners de famille avec mi suegra (ma belle-mère) Rosenda et toutes les tias (tantes) font l’objet de discussions enflammées entre pro et anti-Belén.

Allez, mini bio de celle qu’on appelle La Reina Plebeya. Oui, oui, vous avez bien compris: la Reine du peuple. Une Lady Di sans couronne, quoi! Belén a été l’épouse de Jesulin de Ubrique, une star de tauromachie. Ils ont eu une fille Andrea. Depuis leur séparation, la Belén en question étale les détails de sa vie privée dans tous les médias espagnols. Son deuxième mariage, sa première rupture, puis la deuxième, puis la troisième. Ne cherchez pas à comprendre, on parle d’elle tous les jours.

Elle rit, elle pleure, elle crie. Ses sorties sont cultes, notamment le «¡Por mi hija, mato!» («Pour ma fille, je tue»). Elle frise (pour être gentil) la vulgarité. Physiquement, c’est une bimbo qui serait passée entre les mains d’un mauvais chirurgien: un mélange de Sandrine Quetier et de Brigitte Fontaine. Et cerise sur le gâteau, elle souffre d’un mauvais diabète.

Alors pourquoi toute cette passion autour de la Belén? Peut-être parce que contrairement à beaucoup d’animatrices de télévision, et pas seulement en Espagne, qui sont lissées, policées, toutes propres sur elles, la Belén ne transige pas. Elle dit les choses sans prendre aucune pincette. Gaffes, boulettes, elle n’en rate aucune. Mais elle le fait avec tellement de convictions! Et avec beaucoup d’émotion. Quel gay espagnol n’a pas versé sa larme quand elle a défendu comme une folle el Orgullo gay de Madrid? Et c’est donc tout naturellement qu’elle est devenue une icône gay. Ne vous étonnez pas de voir un jour ici un musclor avec un tee-shirt «¡Arriba la Esteban!» Et moi? Cœur d’artichaut que je suis, j’ai fondu devant la Belén, autant que mon Javier d’amour qui «¡Por la Belén, mata!»

Conseil du jour pour jouer à l’Espagnol: Tu lèveras les yeux au ciel quand un Français te parlera du patrimoine espagnol en faisant référence à Carmen. L’opéra est de Georges Bizet et le roman de Prosper Mérimée. Oups.

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