Tout ça pour une ligne…
Deux mois. C’est à peu près ce que j’ai attendu pour enfin obtenir ma connexion internet. Je ne vis pas au Burkina Faso ni au Cambodge, dans une hutte sur pilotis ravagée par un tsunami. J’habite toujours dans la troisième plus grande ville espagnole, Valencia. Cette attente un peu hors d’époque relativise quelque peu mon enthousiasme débordant pour la péninsule.
Le vendeur de chez Telefonica, mignon comme tout (dire que je me laisse encore avoir !) m’avait pourtant garanti que l’installation ne prendrait pas plus de quinze jours. Et en avait profité pour me refourguer la totale. Et la totale en Espagne, c’est une multitude de chaines de télévision dont certaines me font penser à M6 en… 1986. Et M6 en 1986 en catalan, c’est quelque chose. Bref, Alejandro, le vendeur, m’a abonné au bouquet maximum. J’étais trop content.
Au bout des quinze jours prévus et je rappelle mon petit Alejandro. Il n’est pas là, il faut que je rappelle le lendemain. Le dit lendemain, on m’annonce que Telefonica s’est passé des services du beau vendeur et qu’il faut que je repasse à l’agence. Une Barbara nettement plus sèche et moins avantagée me montre mon dossier, qui n’avait pas été traité. Pourquoi ? Parce que mon Alejandro avait rentré mon numéro de passeport en « numéro de carte d’identité » et que l’ordinateur ne reconnaissait que les chiffres et pas les lettres. Je rêve. Très calmement, je propose à Barbara qu’elle fasse la modification elle-même. Pas possible. On doit d’abord faire une demande d’autorisation de changement de vendeur : demande écrite envoyée à… Madrid. « Mais ne vous inquiétez pas, dans quinze jours vous aurez votre installation. »
Passablement énervé, mais plein d’espoir, j’ai donc passé quinze jours enfermé chez moi à attendre le technicien. Chez Telefonica, les techniciens n’appellent pas pour prévenir de leur venue et bien sûr, le jour où je suis allé pendant 4 minutes 27 secondes acheter mes cigarettes, mon technicien est passé. Du coup, le service commercial basé certainement en Amérique du sud, m’a appelé pour me demander si je voulais maintenir ma solicitud de contrato. Essayez d’expliquer à une Bolivienne qui n’a jamais mis les pieds en Espagne que vous attendez un câble depuis un mois ! C’est tout juste si je n’entendais pas les lamas à travers le téléphone.
Le technicien est enfin venu… Cinq fois ! Pas pour me voir dans ce délicieux petit slip Calvin Klein que je viens de m’acheter, non. Pour faire des pruebas (essais) ! Rien ne fonctionnait. Et de m’expliquer en me montrant le boitier Telefonica à l’entrée de mon immeuble que dans mon quartier, les installations téléphoniques datent de l’époque de Franco (logo d’origine sur le boitier) et que les lignes saturent. Il me fallait faire un choix : internet ou la télé ! Me faire ça à moi, télévore devant l’éternel.
Je peux allègrement me passer de Belen Esteban ou des matchs du Barça. Je m’imagine mal aller dans un café internet relever les courriers de mes 48 profils sur tous les sites gays inimaginables. Les plans cam, je n’en parle même pas ! Du coup, retour chez Barbara-Telefonica pour modifier mon contrat. Elle m’annonce son premier sourire aux lèvres que j’aurai internet dans les deux jours. « Pero dos dias españoles ! » C’est bien là le problème : en Espagne, on prend son temps. Et surtout on ne s’énerve pas, c’est normal.
Epilogue : Un coursier est venu m’apporter mon routeur une semaine après. Il a fallu que je l’installe seul. En français, je ne comprends rien en électronique. En castellano, que veut dire « El indicador LAN correspondiente al conector trasero… » Le plus comique dans cet épilogue, c’est que Telefonica installe d’office un filtre de protection de l’enfance. Qui filtre bien, trop bien : certaines pages de Yagg sont cryptées. Délai pour faire sauter le filtre : cinq jours.
Je crois que je vis dans le tiers monde.
